- 28 mars 2019

[ Interview ] L’initiative #StOpE par les trois fondatrices

Retour sur l’initiative #StOpE par les trois fondatrices, Anne-Laure Thomas, Directrice Diversités et Inclusion chez l’Oréal, Anne-Sophie Béraud, Directrice Diversité et Inclusion chez Accor et Morgane Reckel, Directrice associée Diversité et Inclusion chez EY.

« Le sexisme ordinaire se traduit par des signes, des gestes, des propos, des comportements qui peuvent déstabiliser, infantiliser, délégitimer les femmes sur le marché du travail et les conduisent parfois même à s’autocensurer. »

Quelles ont été les raisons qui vous ont amené à créer l’initiative #StOpE ?

Anne-Laure Thomas : Le sexisme ordinaire se traduit par des signes, des gestes, des propos, des comportements qui peuvent déstabiliser, infantiliser, délégitimer les femmes sur le marché du travail et les conduisent parfois même à s’autocensurer. Ces attitudes, constituent un frein à l’expression des potentiels au sein des entreprises et peut porter atteinte à la qualité de vie au travail. Il était donc essentiel de travailler sur ce sujet en entreprise.

Anne-Sophie Béraud : Assez naturellement, beaucoup d’entreprises travaillent sur le sujet, mais toutes seules… Nous avons souhaité, avec L’Oréal et EY, travailler à plusieurs pour partager les bonnes pratiques et être plus efficace toutes ensemble.

Morgane Reckel : Partager et promouvoir les bonnes pratiques issues des retours d’expérience de grandes entreprises, pour faire reculer durablement le sexisme en entreprise et en particulier le sexisme dit ordinaire. Avec un enjeu d’accélérer en s’appuyant sur des pratiques qui ont fait leurs preuves.

Comment avez-vous mis en place cette initiative ?

Morgane Reckel : Initialement nous voulions recenser les bonnes pratiques pour faciliter l’engagement de chacun sur la question. Très vite nous avons compris que des bonnes pratiques sans engagement ne permettent pas d’insuffler le changement nécessaire et a contrario une charte sur laquelle on s’engage sans disposer de modalités concrètes de mise en œuvre ne permet pas d’avancer.

Anne-Sophie Béraud : Nous sommes très connectées entre entreprises sur le sujet Diversité et Inclusion. Nous avons toutes les trois de bons réseaux. Nous les avons contactés. La réponse a été immédiate.
Nous souhaitions également travailler avec une experte et Brigitte Gresy, Secrétaire générale du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, a tout de suite répondu présente. Elle nous apporte énormément et nous a aidé à structurer la démarche, à faire le lien avec les initiatives actuelles et surtout avec toute la partie technique et juridique.

Quelle a été votre méthodologie ?

Anne-Laure Thomas : Début juillet, nous avons proposé à d’autres entreprises de nous retrouver en leur expliquant la méthodologie choisie : deux groupes de travail d’une demi-journée avec des binômes. Ces binômes étaient composés d’opérationnels, de femmes et d’hommes, pour mettre en avant les bonnes pratiques existantes ou celles qui pourraient être mises en place. Les deux groupes de travail, réunissant à chaque fois plus de 100 personnes, ont eu lieu en octobre et novembre 2018, animés par les équipes d’EY.
Ces travaux ont permis de mettre en avant 8 Initiatives sur le sexisme ordinaire avec des exemples concrets de mise en œuvre. Ces pratiques vont de l’information, à la communication, la formation, la mesure, et la sanction. Charge à chaque entreprise de mettre en place une bonne pratique dans l’année, l’idée étant de se retrouver tous les ans pour avancer sur le sujet.

Combien d’entreprises font partie de l’initiative #StOpE ?

Anne Laure Thomas : Nous avons activé nos réseaux et en un mois, 20 entreprises avaient accepté. Le bouche à oreille a très bien fonctionné puisque nous avons terminé à 30 entreprises signataires le 4 décembre dernier au sein de L’Oréal France.

Comment les entreprises agissent-elles ?

Morgane Reckel : Les entreprises agissent concrètement sur différentes initiatives spécifiées à l’acte d’engagement. Nous nous sommes réunis chez EY le 4 mars 2019 pour échanger sur les actions concrètes réalisées par les uns et les autres en matière de sensibilisation, formations, outils pédagogiques tels que des guides …. Nous échangeons et partageons les outils.

Depuis le lancement de votre initiative, des actions concrètes sont-elles déjà en cours ?

Anne Laure Thomas : Nous avons commencé au sein de L’Oréal à mettre en avant l’acte d’engagement signé par les 30 patrons dans notre Hall, et communiquer sur cette signature. Nous avons également fait défiler des phrases mettant en avant le sexisme ordinaire pour le dénoncer. Le 8 mars dernier, nous avons proposé à nos collaborateurs de s’engager à leur tour en signant cette charte et ce fut un grand succès !

Anne-Sophie Béraud : Pour la plupart des entreprises, un plan est en cours de mise en place sur 2019. Nous continuons à nous voir tous ensemble avec des rendez-vous réguliers tous les trois mois pour échanger. Le rendez-vous annuel est prévu le 12 décembre 2019 chez Accor.

Qu’est ce qui a changé au sein de votre entreprise depuis la signature ?

Anne-Sophie Béraud : On en parle. On déploie un plan d’action.

Plusieurs études montrent que peu de victimes dénoncent des faits de sexisme, existe-t-il des moyens efficaces pour détecter des situations sexistes ?

Morgane Reckel : Le sexisme dit ordinaire est insidieux et banalisé, pas uniquement en entreprise. Il est donc important de le nommer, d’en parler, pour que chacune et chacun prenne conscience de ce que c’est et des conséquences, pour que chacun-chacune à son niveau contribue à favoriser un environnement qui en soit progressivement exempt.

 

Anne-Laure Thomas – Directrice Diversités et Inclusion chez l’Oréal

  • Anne-Sophie Béraud – Directrice Diversité et Inclusion chez Accor

Morgane Reckel – Directrice Associée Diversité & Inclusion France chez EY

Head of Diversity & Inclusion EY Western Europe Maghreb

 

Pour en savoir plus, vous pouvez retrouver notre article sur le sexisme dit « ordinaire » en entreprise.


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